Un chemin taoïste vers l’extase
La compréhension des correspondances des cinq organes, de leurs essences, et de leurs émotions respectives, en langage taoïste, pourrait paraître assez simple à la première lecture de certains manuels, si l’on considère l’entité d’une seule personne. Il est cependant, rarement fait état des incidences psychologiques, de l’interaction des organes et de leurs émotions de deux êtres, en face à face, dans un dialogue, ou dans une relation intime et sexuelle. Cette manière de voir peut donner un sens nouveau à cette forme de communication.
Le cœur, l’essence même de la personne, abrite volontiers la joie, l’enthousiasme chaleureux, mais aussi la haine, la jalousie ; le foie, le gouverneur du désir vers son absolu, tant exponentiel que relationnel, au service du cœur, regarde ses colères et ses envies avides, porteuses de frustrations, mais aussi sa grande délicatesse et son expression artistique lui donnant accès aux symboles, mis en forme ; la rate - estomac, en bon gestionnaire, protégeant ses acquis et ses paroles, donne tout son sens à l’équité mais également aux soucis (allant du plus petit aux obsessions) ; les reins méditent leurs sérénités et leurs sécurités dans leurs potentiels innés, porteur de vie et de durée, mais aussi leurs générations de peurs ; les poumons, gardiens des transformations, véhiculent la tristesse, mais aussi, par leur courage alchimisent toutes les émotions.
Le schéma se complique un peu quand on sait que l’art de l’évolution spirituelle, “ d’un travail personnel ” est bien l’harmonisation de ses émotions, donc d’une régulation de la vitalité de ses organes, pour un épanouissement global existentiel, tout en sachant que l’aspect binaire ou linéaire d’une réussite n’est qu’une illusion. Ce serait tellement plus simple si la joie était acquise une bonne fois pour toute ! Il se complique encore quand on sait que les fluctuations d’énergies traversent le corps, par des variations de chaleurs et de froideurs, par des allées et venues, des rentrées et des sorties, des montées et des descentes. Le passage d’une émotion à une autre est une donnée constante, toujours en équilibre instable. La quête vers un apaisement de ces tensions, invite à un nécessaire repérage pour les reconnaître, avant de pouvoir les transformer. L’objectif à atteindre, la noblesse de l’être humain, pourrait bien être une gestion des sauts d’humeurs émotionnels, sollicités par l’extérieur ou provoqués de son propre intérieur, pour Sa réalisation fluide dans toutes ses dimensions : personnelle, affective, communautaire, économique, sociale. Cette personne seule qui contemple son existence, a cependant les atouts pour parvenir à la construction de son temple.
Cela se complique singulièrement quand deux être veulent s’unir et de surcroît sexuellement, quand on sait que l’énergie sexuelle surmultiplie les effets émotionnels et leurs conséquences. Le yin de la tendresse et de la sensualité apprivoisées va devenir le grand yang de l’extase explosive et pourquoi pas mystique et cosmique, mais dans le même temps, cette fabuleuse énergie pourrait mettre en exergue ou faire émerger des penchants , des comportements peu édifiants, faute d‘avoir su regarder ces émotions au préalable.
Au-delà de la pulsion et du désir impétueux, l’intention de la relation sexuelle, avant d’être celui de la procréation, implique cette intuition profonde de ce contact incommensurable avec l’expérience d’une beauté intérieure remplie d’une intense joie, de fusion paroxystique de deux êtres, avec toutes leurs composantes. Conscience qui peut nous dépasser, mais qui est absolument nécessaire et vitale. Contrairement à une idée reçue, l’acte sexuel ne gomme pas les souffrances du cœur, même s’il est possible de s‘en abstraire pour un moment. Il donne une densité à ce qui pouvait être sous-jacent. Chaque organe hébergeant deux émotions particulières, avec bien sûr de multiples nuances, l’exemple d’une valeur positive d’une rate communiquant avec une valeur négative d’un foie, ouvre des portes sur une centaine de combinaisons possibles. Qu’advient-il, en effet, quand monsieur triste veut faire l’amour à madame inquiétude, quand madame colère veut vampiriser monsieur trouille, quand monsieur soucis-d’argent veut communiquer sa bourse plate avec madame peur, quand monsieur médicaments-déprime veut coïter madame ivre, quand monsieur “ fric-en-l’air ” veut payer madame désabusée, quand l’angoisse veut se mêler d‘un courage, quand le désarroi veut entreprendre une humiliation? Toutes les nuances perverses viennent s’emmêler pour brouiller les codes du dialogue véritablement amoureux.
Avant de parler de l’acte sexuel, qui requiert, en lui-même, bien des conditions, les préliminaires ne devraient pas se contenter seulement de caresses ou de jeux de tendresse ou de touchers d’éveil, aussi précieux fussent-ils, mais bien de composer avec l’alchimie des émotions pour que la partition soit encore plus belle. Notre culture ne nous a pas habitué à ce langage : “ nettoyer nos émotions avant de faire l’amour ”. On peut développer bien des diplômes en connaissance de soi, mais si cet essentiel est oublié, on passe sans doute à côté d’un bel escalier.
Comme les trois phalanges d’un seul doigt, l’intention, le souffle et le mouvement balisent l’opération de la transformation. Accepter de regarder la couleur de l’émotion et de sa correspondance avec un organe, en parler à son ou sa partenaire pour en saisir la racine, à fortiori lorsqu’il y a redondance, transformer cette énergie par différents processus de respiration, pour bien sentir un idéal plus juste et procéder ainsi au lien de la tête et du sexe, en saliver ses prémices de bonheur imaginé, intégrer ce mental dans son corps par le mouvement, du bassin en particulier, se familiariser avec le sourire sur son visage, ces ajustements pourraient bien constituer la méditation active d’un premier préliminaire. Un chemin vers l’extase. La prise en compte des situations émotionnelles souffrantes et leur transformation en douceur, est loin d’être incompatible avec la liberté d’être, pleinement, sans retenue dans la force de l’extase, pour objectiver une joie profonde.
Si certains sujets s’avérent diamétralement opposés, comme la colère jalouse et la peur panique, loin d‘aplanir le terrain, ces énergies, risquent de tourner à l‘orage et de compliquer sérieusement la réunion des deux sexes. D’autres vibrations émotionnelles se conjuguent sur le même registre - madame peur et monsieur peur ou monsieur et madame courage - trouveront sans doute un lieu d’entente. Dans la meilleure hypothèse, les deux actions de sécurisation des reins par monsieur et ouverture des cœurs par madame dans leur rôle respectif, remplira chacun de joie, (la non-observation de cette base, amène à des dérives). Le fin du fin, dans un idéal en continuelle construction, sera la correspondance des deux cœurs, donc de deux être conscients de leur plénitude. Monsieur joie-enthousiasme et madame joie-enthousiasme, montant alors leur plaisir réciproquement et ensemble, se fondant sans se confondre, reçoivent une gratification encore plus forte de la vie, leurs pouvoirs redonnent de la force et de la consistance à leur être et à leur relation.
Beau programme d’été.
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